“De survivantes à actrices de changement – autonomisation économique et leadership communautaire des femmes affectées par les violences basées sur le genre dans les provinces du Lac, de la Tandjilé et de N’Djamena”

Pertinence de l’action

Le Tchad, pays d’Afrique subsaharien a connu des décennies d’instabilité sociopolitique nourries par des conflits armés, intercommunautaires/ethniques, confessionnelles et politico-militaire. Durant des décennies, il a vu sa population se déchirer autour des conflits liés aux terres cultivables, aux ressources halieutiques et a surtout connu une période de famille et de guerre civile. Ce pays n’a pas été épargné par des actes de terrorisme notamment les atrocités causées en début de l’année 2015 par la secte Boko Haram qui a fait des massacres dans la sous-région et particulièrement dans le bassin du lac-Tchad et a suscité un déplacement massif des populations du Cameroun et du Nigéria vers le Tchad. La Province du Lac est devenue la cible d’attaques répétées des groupes armés non étatiques où les femmes sont victimes des violences sexuelles systématiques. Dans ce contexte, les femmes et les filles portent le poids des conflits, étant davantage exposées aux violences sexuelles.

Le rapport d’ECOSIT 4 (2020) positionne le Tchad parmi les pays les plus pauvres de la planète. Sa population, estimée à 18 millions d’habitants (2021) croît à un rythme rapide (3,6% an). Cette population est en très large, en majorité rurale (80%), relativement jeune (44,7% de la population a moins de 15 ans) et comprenant 52% de femmes.

Dans le cadre de l’appui financier de FCDO à la CELIAF entre 2023-2024 pour la mise en œuvre du projet « Prévention et réponse aux violences sexuelles systématiques et liées aux conflits (VSSLC) dans le Lac », plus de 20 000 personnes sont sensibilisées sur les violences basées sur le genre et plus de 100 survivantes assistées. 

Dans la province de la Tandjilé, 1161 cas des VBG ont été enregistrés en 2025 dont 67 cas de viol, 47 cas de mariage précoce/forcé, 363 cas de MGF, etc. (source : délégation provinciale de la Femme et de la Petite Enfance). 

Selon le document de la stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre (2021), les violences au Tchad relèvent beaucoup plus des us et coutumes et sont pour la plupart tolérées par bon nombre de personnes. Elles se sont accentuées avec les différents conflits que le pays a connus et principalement celle de l’Est qui a fait des milliers de déplacés et réfugiés.

Le rapport des EDS-MICS 2014 et 2015 montrent qu’environ 3 femmes sur 10, soit 29,9% sont victimes de violence physique à un moment quelconque depuis l’âge de 15 ans, dont 66,7% de la part de leurs maris ou partenaires ; pire, 7,4% de femmes de 15-49 ans ont été victimes d’actes de violence physique durant leur grossesse.

Dans l’ensemble, 11,6% de femmes de 15 à 49 ans sont victimes de violences sexuelles à un moment quelconque depuis l’âge de 15 ans dont 73,4% de la part de leur mari ou partenaires et 20,9% de la part de leur ex-mari ou partenaire ; 56,5% de violences psychologiques résultent de la jalousie du conjoint ; plus d’une femme sur trois, soit 38% sont victimes de Mutilations Génitales Féminines, parmi lesquelles plus de 4 sur 5 soit 84% à l’âge de 05 à 14 ans ; 28,4% des femmes sont mariées avant l’âge de 15 ans, 69% des femmes le sont avant l’âge de 18 ans. Le taux de mariage d’enfants est passé de 69% en 2015 à 55% en 2019 tandis que celui des MGF est passé de 38% à 34,1% à la même période (MICS 2019). Ces dernières années, on assiste à une expansion des violences conjugales débouchant sur le meurtre de l’un des conjoints, avec de plus en plus des époux victimes. Il en est de même des viols des filles de très bas âge qui prend de l’ampleur.

Cette sombre réalité est le quotidien de beaucoup de femmes et jeunes filles au Tchad et surtout dans les zones à crise et qui sont souvent obligées de vivre avec leur secret, à proximité de leur bourreau, par peur des représailles ou manque d’information sur leurs droits et les mécanismes pour les faire valoir. Ces violences faites aux femmes et filles traduisent les rapports inégaux entre hommes et femmes, qui tiennent leur origine du système social basé sur le patriarcat. Ce système crée et perpétue des préjugés et stéréotypes sociaux néfastes envers les femmes, ce qui les maintient toujours dans une situation de domination quasi permanente. Le poids des coutumes, les traditions et la mauvaise interprétation des religions entrainent une marginalisation de la femme et sa relégation au second plan.

Par conséquence, le projet entend exécuter ce programme de 18 mois afin de renforcer la résilience économique des femmes et filles vulnérables et survivantes des violences basées sur le genre, faire de sensibilisation de la population sur les droits de la femme, renforcer les capacités du réseau CELIAF pour augmenter l’impact de ses initiatives et de ses actions de plaidoyer dans le dialogue de politiques publiques en faveur de l’égalité de genre, faire le plaidoyer pour  l’amélioration des conditions de vie de la femme,  accompagner et redynamiser les mécanismes locaux pour le développement de la coordination des actions de plaidoyer en faveur de l’égalité de genre.

Le projet intitulé « De survivantes à actrices de changement : autonomisation économique et leadership communautaire des femmes affectées par les violences basées sur le genre dans les provinces du Lac, de la Tandjilé et de N’Djamena » contribuera à améliorer durablement la prise en charge des violences basées sur le genre et l’autonomisation socioéconomique des survivantes dans le Lac, la Tandjilé et N’Djamena à travers un dispositif innovant porté par les OSC féminines et la CELIAF.

Pour ce faire plusieurs actions seront menées pour atteindre les résultats suivants : 70 survivantes assistées dont 50 insérées économiquement,  2 clubs des maris modèles basés sur la masculinité positive créés, plus 2000 personnes sensibilisées sur les droits de la femme, 3 diagnostics genre/TEO réalisés, 50 personnes formées (genre, gestion de projet, suivi-évaluation), 4 outils de gestion élaborés au profits de 3 OSC,  1  stratégie SERAC élaborée pour la CELIAF, 1 politique interne élaborée pour la CELIAF, 3 bonnes pratiques  capitalisées et 1 réseau des femmes expertes en genre créé et fonctionnel.

Objectif global

Améliorer durablement la prise en charge des violences basées sur le genre et l’autonomisation socioéconomique des survivantes dans les provinces du Lac, de la Tandjilé et de N’Djamena à travers un dispositif innovant porté par les OSC féminines et la CELIAF.

Objectifs specifiques

OS1. Mettre en place un dispositif innovant intégré et centré sur les survivantes afin d’améliorer la prévention et la prise en charge des violences basées sur le genre et leur réinsertion économique.

OS2. Renforcer durablement les capacités institutionnelles, techniques et de plaidoyer de la CELIAF et de trois (3) Organisations de la Société civile (OSC) féministes afin d’améliorer la qualité, la durabilité et l’influence de leurs interventions en matière de lutte contre les violences faites aux femmes et d’égalité de genre.

OS3. Promouvoir un changement durable des normes sociales et renforcer l’influence des organisations féminines sur les politiques publiques en faveur des droits des femmes.

Bénéficiaires finaux

  • 1000 OSC du réseau CELIAF;
  • 2000 hommes et femmes chefs de ménages.

Resultats escomptés

R1. D’ici fin 2027, 70 survivantes des violences basées sur le genre dans les zones ciblées bénéficient d’une prise en charge efficace et d’un accompagnement durable grâce à un dispositif innovant intégré mis en place par la CELIAF.

R2. D’ici fin 2027, la CELIAF et de 3 OSC féministes disposent des capacités institutionnelles, techniques et de plaidoyer renforcées leur permettant de concevoir, mettre en œuvre et suivre les interventions de qualité en faveur de lutte contre les violences faites aux femmes et l’égalité de genre.

R3. D’ici fin 2027, les bonnes pratiques et les résultats des organisations féminines sont documentés, valorisés et diffusés renforçant leur visibilité et leur influence sur les politiques publiques en faveur des droits des femmes.

Principales activités

R1. D’ici fin 2027, 70 survivantes des violences basées sur le genre dans les zones ciblées bénéficient d’une prise en charge efficace et d’un accompagnement durable grâce à un dispositif innovant intégré mis en place par la CELIAF.

A.1.1. Mise en place des services d’écoute et référencement (innovation: approche semi-digitale de suivi des cas)

A1.2 : Création des clubs des maris modèles pour la promotion de la masculinité positive

A1.3. Formation professionnelle en couture et coiffure au profit de 50 femmes et des filles vulnérables et survivantes des violences basées sur le genre.

A1.4. Formation en technique entrepreneuriale et création d’entreprises.

A1.5. Accompagnement des survivantes des VBG dans le stage professionnel et l’obtention des attestations de compétences.

R2. D’ici fin 2027, la CELIAF et de 3 OSC féministes disposent des capacités institutionnelles, techniques et de plaidoyer renforcées leur permettant de concevoir, mettre en œuvre et suivre les interventions de qualité en faveur de lutte contre les violences faites aux femmes et l’égalité de genre.

A.2.1. Réalisation du diagnostic genre/TEO des 3 OSC accompagnés.

A.2.2. Réalisation du diagnostic de la CELIAF.

A.2.3. Formation des membres des OSC accompagnées et de l’équipe de la CELIAF sur l’inclusion du genre et le concept de redevabilité dans la conception et la mise en œuvre des projets.

A.2.4. Formation des membres des OSC accompagnées et de l’équipe de la CELIAF sur la conception, la gestion et le suivi-évaluation des projets.

A.2.5. Appui à l’élaboration d’une stratégie de suivi, évaluation, redevabilité, apprentissage et capitalisation (SERAC) de la CELIAF.

A.2.6. Appui à l’élaboration des politiques internes à la CELIAF (anti-fraude, protection, etc.).

R3. D’ici fin 2027, les bonnes pratiques et les résultats des organisations féminines sont documentés, valorisés et diffusés renforçant leur visibilité et leur influence sur les politiques publiques en faveur des droits des femmes.

A3.1. Atelier d’évaluation et d’échange sur les bonnes pratiques entre les trois OSC accompagnées.

A3.2. Atelier de capitalisation des expériences et des bonnes pratiques des Organisations de la Société Civile en matière de la promotion de l’égalité femmes-hommes.

A3.3. Atelier de renforcement des capacités et de mise en réseau des femmes expertes en genre. 

A.3.4. Appui-conseil aux OSC accompagnées dans la conception et l’utilisation des outils de gestion administrative, financière, de suivi-évaluation et de capitalisation des projets. A.3.5 Participation à l’atelier régional thématique.